UNE LENTE AGONIE

LE COMMERCE TRIELLOIS

Depuis plusieurs décennies, le commerce de proximité qui avait fait les beaux jours de Triel-sur-Seine dans la première moitié du 20e siècle a lentement décliné pour ne représenter aujourd’hui  que quelques métiers de bouche, l’essentiel du commerce diversifié ayant cédé la place aux services aujourd’hui surreprésentés : salons de coiffure, agences bancaires, agences immobilières, et plus récemment services à la personne. Le constat n’est pas propre à notre commune, mais il semble encore plus marqué, accentué par les problèmes liés à la circulation et au stationnement.

LES GRANDES SURFACES

Il faut se souvenir que la rupture s’est produite avec l’ouverture du Centre Commercial Val de Seine à la fin des années 1980, et l’installation des commerçants triellois parmi les plus dynamiques dans la nouvelle galerie marchande à Vernouillet. La « locomotive » du centre,   l’hypermarché CHAMPION a été grandement fréquenté par la clientèle trielloise. Toutes les études menées avec la Chambre de Commerce dans les années 2000 montraient que cet équipement  commercial était le plus dynamique et le plus rentable du secteur. Pour arrêter l’hémorragie, la volonté de création d’un supermarché de centre-ville en 2001 sous l’enseigne ATAC fut un bon choix, malgré l’insuffisance de parking ; Pendant ce temps- là, les nouveaux équipements ouvraient partout alentour, de Flins à Orgeval et à Chambourcy.

CENTRE COMMERCIAL : DEUX PROJETS CONCURRENTS

Dans le cadre de la ZAC multi-sites Secteur Sud, lancée en 2002, les activités économiques étaient enfin bienvenues à Triel-sur-Seine. La commune portait un projet d’aménagement sur le secteur des Cerisaies avec un centre commercial GEANT CASINO, plusieurs moyennes surfaces spécialisées et une galerie marchande de 40 boutiques. Malheureusement pour Triel, l’ensemble des acteurs politiques et économiques, tant de de la Communauté de Communes  que du département, s’opposa à ce projet structurant porté par notre équipe.

En 2008, les triellois ont choisi et la préférence était donnée au projet concurrent défendu par la Commune voisine de Vernouillet, en reconversion de la friche industrielle ETERNIT, ancien site de production de produits amiantés et consécutivement pollué. Ce projet, aujourd’hui encore en phase administrative avec l’enquête publique qui s’est ouverte, porte le nom de DECK 78 et a vu ses ambitions réduites.

TRIEL TOUJOURS PERDANTE

Avec la révision de ce projet à la baisse, c’est toute la partie Loisirs/Cinéma qui semble remise en cause, ou clairement différée – celle qui devait être implantée sur la partie trielloise du site ETERNIT (1/3). Le projet reste toutefois très intéressant pour Vernouillet, qui, grâce au transfert, favorise le développement de la surface de vente du CARREFOUR MARKET… Comment notre SIMPLY résistera-t-il à cette concurrence dynamisée ? Comment les commerces traditionnels triellois feront-ils front à cette nouvelle galerie marchande de 90 boutiques ?

OCCASION MANQUEE

Notre projet était – si nous avions pu le mener à son terme – d’organiser la synergie entre un nouveau centre commercial et le tissus commercial diffus. Nous avions « conditionné » notre accord à la mise en œuvre d’une structure d’animation et de fidélisation de la clientèle, structure contractuellement à charge de la grande surface alimentaire et de ses satellites. Notre concept était proche de celui de Poitiers « Ma carte en ville ».

Ironie de l’histoire : le sondage proposé aux triellois fin 2007 avait révélé que 80 % de la population était favorable à ce projet ! Aujourd’hui, les triellois sont toujours contraints de fréquenter les temples de la grande distribution situés ailleurs, souvent loin de chez eux, tandis que d’autres se réalisent dans la CA2RS, comme à Villennes-sur-Seine avec WHITE PARC…à Orgeval chez ART DE VIVRE…et jusqu’aux nouveaux Vergers de Chambourcy !

QUEL AVENIR POUR LE COMMERCE

DE PROXIMITE ?

Les études récentes montrent les relatives difficultés des grands hypermarchés qui voient leur chiffre d’affaires baisser au profit des surfaces plus modestes, plus conviviales. Mais cela annonce-t-il le retour de la clientèle dans le centre-ville ? Peut-être, et à condition que plusieurs actions correctives soient menées dans notre commune :

1)   Pouvoir emprunter, rue Paul Doumer, des trottoirs  plus larges, depuis la rue Senet jusqu’à la rue de Seine et remplacer le stationnement supprimé par de nouvelles places au niveau du parking de la Poste, à récupérer, et de ceux de la Mairie et Senet à réaménager sur deux niveaux, en recherchant les partenariats indispensables.

2)    Compte tenu de l’étroitesse de la voirie, plus marquée que pour les autres communes  du secteur,  sécuriser la circulation piétonne en obtenant du Préfet l’interdiction de traverser l’agglomération de Triel-sur-Seine pour les poids lourds et les convois exceptionnels. 

3)   Favoriser le fonctionnement d’une Association de commerçants dynamique, en la faisant bénéficier des aides du FISAC, avec programme d’animations et de fidélisation, organisation de livraisons mutualisées, site internet…

4)   Recréer un marché le mercredi matin en centre-ville (les enfants seront bientôt en classe) et promouvoir un marché de « producteurs » le dimanche matin  aux Châtelaines, alternative à celui de Verneuil.

5)   Lancer une nouvelle OPAH, couplée avec un arrêté de ravalement, afin de réhabiliter les immeubles dégradés et les boutiques en rez-de-chaussée.

UNE PROBLEMATIQUE COMPLEXE

Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité, mais je suis persuadé que la situation du commerce local ne peut s’améliorer que si l’on s’appuie sur les services spécialisés et compétents de la Chambre de Commerce et si l’on mobilise toutes les sources de financement et les techniques de fidélisation disponibles. Le maintien d’un tissus commercial de proximité ne peut qu’être le résultat d’actions de fond permettant à la clientèle de trouver « son intérêt » et d’avoir plaisir à « faire ses courses à Triel ».Les animations de type « Marché de Noël » et « Gourmandises » sont nécessaires mais bien insuffisantes pour entretenir les réflexes des consommateurs.

UN NOUVEAU DEFI : EXPRIMEZ-VOUS

Avec le projet DECK 78 sur l’ancienne usine Eternit, c’est un équipement  très important de 22.000 m2 de surface de vente, avec hypermarché de 4.500 m2, 11 surfaces spécialisées moyennes et…90 boutiques ! C’est aussi  l’équilibre fragile du commerce triellois qui risque d’être à nouveau mis à mal si l’on n’y prend garde. Une enquête publique avant délivrance des permis de construire est en cours jusqu’au 5 avril…Consultez les documents et exprimez-vous !

Personnellement, comme je l’avais déclaré en réunion de Conseil Municipal, je regrette que les élus de Triel et Vernouillet n’aient pas exigé par contrat la protection des commerces indépendants avec la mise en œuvre d’un système fédérateur commun aux grandes surfaces et au commerce traditionnel des deux centre-bourgs.

C'est le sens de la proposition de modification que j'ai déposée le 26 mars au Commissaire-Enquêteur, après avoir pris connaissance de l’ensemble du dossier.

Vous trouverez le texte ci-dessous :

 

Jean-Pierre HOULLEMARE                               Triel-sur-Seine, le 26 mars 2014

26, rue des Créneaux

78510 TRIEL SUR SEINE

06 22 738 838

 

OBJET : ENQUETE PUBLIQUE PREALABLE A LA DELIVRANCE DU PERMIS DE  CONSTRUIRE DU CENTRE COMMERCIAL DECK 78

 

Monsieur Le Commissaire-Enquêteur,

J’ai pris connaissance avec intérêt du dossier et surtout de l’étude d’impact. On y  retient une population de 58.331 personnes en 2009, pour une aire d’étude qui ne comprend que Triel-sur-Seine, Verneuil, Vernouillet, Villennes, Médan et Orgeval nord. La zone primaire serait de 43.000 habitants à moins de 10 mn et la zone tertiaire de 150.000 habitants à 20 mn.

En page 322, dans le chapitre 3.5 : Impacts directs et indirectes, permanents et temporaires sur le milieu socio-économique, il est indiqué :

«…que le centre commercial actuel a une attractivité très relative…du fait de l’offre commerciale (44% de services)…détenue à 66% par des indépendants. L’attractivité ne permet pas de drainer une clientèle très élargie, du fait des frontières naturelles…et de la concurrence.

L’attractivité propre du projet : sur une surface totale de 22.000 m2, le déplacement de l’hypermarché Carrefour Market sur 4.500 m2…moyennes surfaces, boutiques et services viendront compléter l’offre et drainer une clientèle plus importante.

Il est noté que l’on peut espérer séduire la clientèle habitant jusqu’à Conflans-Sainte-Honorine, Flins ou Chambourcy, ce qui inclut toutes les communes de la Boucle dite de Chanteloup et le bassin des Mureaux.

Il est par ailleurs stipulé que « le centre a vocation à attirer une clientèle de proximité utilisant les modes de transports doux – piéton, vélo, transports collectifs – et résidente dans les quartiers d’habitats environnants de Triel et Vernouillet. »

Impact du projet sur le commerce du centre-ville de Vernouillet (page 328)

« …Au regard des analyses précédentes, il est estimé qu’il n’existe pas de réelle concurrence entre le présent projet et le commerce du centre-ville de Vernouillet…Bien que la clientèle consomme et consommera au sein du centre commercial, elle reste et restera fidèle à l’offre de proximité présente en centre-ville. L’offre proposée au sein de Val de Seine II est donc complémentaire. »

On ne peut qu’être interpelé par une telle hypocrisie, l’étude ignorant totalement l’impact de la grande surface alimentaire sur la population la plus modeste, surreprésentée dans le centre-ville ancien qui fait partie de la zone de chalandise primaire. (voir carte)

Impact du projet sur l’équilibre de la zone de chalandise (page 329)

« …En effet, ce projet, dans sa globalité, intègre un centre commercial répondant aux attentes d’une clientèle locale, d’une part… »

Il faut remarquer à ce niveau qu’il n’est fait aucune allusion à l’impact du centre sur l’ensemble du tissu urbain triellois (hors  quartier de l’Hautil) qui n’est même pas cité.

« …la création de ces nouveaux commerces induira indéniablement un accroissement du chiffres d’affaires de l’ensemble de ces sociétés…Le projet contribuera donc à l’animation de la vie locale. »

Un tel enrichissement de l’offre ne peut qu’impacter négativement l’attractivité comparée des commerces de centre-ville et malheureusement la vie locale pâtira de cette nouvelle implantation.

Pour cette raison, je vous demande d’enregistrer mon OPPOSITION à ce projet qui ne peut que fragiliser encore plus le commerce traditionnel de proximité présent en centre-ville et favoriser la paupérisation des boutiques et par conséquent, de tout le tissu bâti.

Répondant à l’appel contenu dans l’avis d’enquête publique, je propose de revoir totalement ce projet en le SOUMETTANT A UNE CONDITION OBLIGATOIRE DE COMPLEMENTARITE AVEC LES COMMERCES DEJA IMPLANTES SUR LES DEUX COMMUNES D’ASSIETTE, VERNOUILLET ET TRIEL-SUR-SEINE ; Cette exigence de synergie pourrait être respectée par la mise en place d’une structure financée par un GIE (ou autre forme juridique) à constituer à partir de la « locomotive » CARREFOUR et l’ensemble des moyennes surfaces et boutiques de la nouvelle galerie marchande.

Elle pourrait permettre de prendre en charge la création d’une CARTE DE FIDELITE utilisable dans tous les points de vente adhérents à la charte – centre commercial et commerces diffus – alimentée par des niveaux de remises (points) différenciés selon les différents secteurs marchands.

A ma connaissance, un système assez similaire existe déjà en France (à Poitiers) et à l’étranger.

Il ne peut être imposé que s’il en est fait une CONDITION à la délivrance du permis de construire.

Espérant vivement votre attention et un AVIS DEFAVORABLE de votre part sur le projet mis à l’enquête, je vous prie de croire, Monsieur le Commissaire-Enquêteur, en mes meilleurs sentiments. 

 

 

Jean-Pierre HOULLEMARE,

Conseiller Municipal « UNIS POUR TRIEL »

Ancien Maire de Triel-sur-Seine 2001/2008

 

A suivre...